lundi, avril 21 2008, 00:18
WASP Café 3 : compte rendu de la soirée
Par Oric - Développement Web
C'est donc le 17 avril dernier que je participais à la 3e édition du WASP café.
Une fois de plus c'est sur l'atelier Accessibilité que c'est porté mon choix, même si les autres sujets m'intéressaient (Microformat – Web sémantique / CSS – organisation) !
Cette fois, après l'atelier Accessibilité, nous avons eu le droit au retour d'expérience de 4 intervenants concernant la mise en oeuvre des standards web dans leur société respective.
Atelier accessibilité : Témoignage d'utilisateurs défiscients visuels
Tanguy Loheac, responsable accessibilité chez Sanofi Aventis, et Fernando Pinto Da Silva responsable du “Centre d’expertise et de Recherche sur les technologies pour aveugles et malvoyants” au sein de l’AVH ont tous les deux partager avec nous leurs expériences et nous ont fait part des difficultés qu’ils rencontrent au quotidien durant leur navigation sur le web.
Adieu stéréotypes !
Pour qui n'a pas l'habitude de cotoyer des handicapés, la rencontre
n'est pas évidente.
J'utilise le terme “handicapé”
à dessein car c'est bien l'image qui vient en premier à
l'esprit lorsqu'on aborde ces personnes pour la 1ère fois et
c'est cette image qui va préformater vos idées et le
vocabulaire qui compose vos questions (je me suis senti un peu
emprunté).
Je vais commencer par la fin en disant, qu'en fin de compte, on repart de cet entretien avec ces 2 aveugles avec une autre vision (!) de ces personnes, en particulier dans leur utilisation quotidienne d'internet.
Autant le dire tout de suite, bien des stéréotypes ont volé
en éclat car autant se le mettre dans le crâne : les
aveugles surfent !
Oui mais ils surfent avec la même
différence de niveau de maîtrise que les voyants, donc
on peut même supposer que la plupart savent à peine
configurer un ordinateur, et encore moins un navigateur, donc exit le
surf avec le javascript désactivé.
Voyants ou non-voyants , même sites web, même écueils
Fernando
à été très loquace au sujet de ses
expériences sur internet.
Il nous a fait part de ses
difficultés à choisir l'heure de ses billets de train,
choisir ses produits pour faire ses courses en ligne (le nom des
produits coupés en plein milieu ça n'aide pas...) et
choisir l'heure/date de livraison, etc... Car Fernando est un
utilisateur expérimenté et utilise internet sans
complexes.
On s'aperçoit alors que même des sites qui
paraissent W3C etc... pêchent pour des détails...
Une
remarque de Fernando m'a fait sourire. Il trouve Amazon difficile à
utiliser.
Non pas parce qu'il est mal codé, non, il est
juste trop touffu (ok c'est mal codé aussi ;)) !
Tanguy
nous à indiqué que le premier élément lu
d'un site web est son title (celui du head).
La structuration en
Hn les aide aussi à mieux ”voir” le site car leur lecture
se faisant de façon linéaire (il faut imaginer un livre
écrit sur une seule et unique ligne) ils n'ont pas à
leur disposition les repères visuels qui structurent les pages
web pour les voyants. Apparemment une des plaies pour eux sont les
tableaux mal formés car ils sont alors incapable de se
déplacer correctement dedans via JAWS.
A la lumière de ces exemples on comprend mieux à quel point chaque petit attribut est important, car ce sont autant de leviers pour le bon fonctionnement des appareils de lecture alternatifs.
Moyens de lecture et financement
Tanguy et Fernando ont souligné le défaut d'information qui
existe au sein de la communauté des non-voyant concernant les
moyens financiers et techniques mis à leur disposition.
Ils ont même préciser que tous les non-voyant / malvoyants
ne lisent pas couramment le braille !
Actuellement
pour naviguer correctement, ils n'ont pas 36 solutions, ça se
résume à JAWS (1500 € le minimum vital, la référence des synthèses
vocales) + un lecteur
braille (3500€).
Si on
veut parler de véritable autonomie numérique, on peut
rajouter un scanner + OCR pour traiter les courriers et documents
divers.
Le fait est que l'accès à ce matériel
est limité par la difficultés qu'ont les non-voyants à
obtenir les subventions pour le financer. Et quand on sait que ce
financement s'élève à 3200€ pour 3 ans c'est
loin d'être gagné...
A noter que JAWS apporte son lot d'améliorations à chaque nouvelle version tous les 6 mois mais vu les défauts de financement des non-voyants, l'accès aux nouveaux contenus web accessible (ARIA) est loin d'être immédiat...
On peut noter qu'il existe des cyber cafés et bibliothèques qui disposent de ce genre d'installation mais ils ne sont pas légion et à priori plûtot regroupés dans les grandes agglomérations
Conclusion : un véritable marché
L'intérêt,
pour une société privée, d'investir dans
l'intégration de l'accessibilité des sites web peut
paraître non pertinant , d'un point de vue financier, si l'on
s'en tient à l'état des lieux que je viens de
décrire.
Toutefois, il faut souligner quelques éléments
:
-
Le taux d'accès aux appareils de lecture alternatifs ne peut qu'augmenter via une meilleur information des associations de non-voyant et une meilleure prise en charge de ce handicap pour l'accès aux nouvelles technologies.
-
L'accessibilité concerne tous les handicaps, y compris pour les handicaps visuels, les personnes agées ou les personnes malvoyantes (qui voient donc encore).
Les jeunes d'aujourd'hui seront les vieux de demain et maîtriseront donc mieux les outils modernes. -
L'accessibilité concerne tous les supports donc à l'heure où l'on parle beaucoups de convergence des média, le web est loin d'être seul dans son coin
-
L'accessibilité sera très prochainement médiatisé voire promotionné, via le RGAA dont le décret d'application devrait être prononcé lors des assises de l'économie numérique de juin. Tout comme le tabac l'a été, le sujet de société de demain pourrait donc être l'accessibilité...
Dans un context hyper concurrentiel, quelles sont les sociétés qui voudront perdrent 10% et plus d'une potentielle clientelle au bénéfice d'un concurrent ?...
Les témoignages apportés durant la table ronde abondent dans ce sens puisqu'il sagit bien de sociétés privées qui considèrent, d'une manière ou d'une autre, cette problématique comme étant suffisamment importante pour y investir des moyens assez conséquent...
Table
ronde : retour d'expérience dans la mise en oeuvre des
standards
-
Stéphane Deschamps (France Télécom/Orange)
-
Olivier Grange-Labat (Lemonde.fr)
-
Jérémie Patonnier (Cetelem)
-
Laurent Poinsignion (Service d’Informations du Gouvernement)
Tous les 4 ont en commun d'être directement en charge du respect des standard web en général et de l'accessibilité en particulier.
On retiendra que malgré la
volonté de leur direction d'intégrer l'accessibilité
dans leurs site web, il leur a fallu batailler ferme en interne pour
s'imposer et gagner le respect des autres équipes (marketing,
SI, communication, design...).
A ce propos, Stéphane et
Jérémie soulignent la nécéssité de
prouver son discours sur les standards et l'accessibilité par
l'exemple, c'est à dire, en fournissant du “code”.
Dans
leur cas, ils signalent qu'ils sont désormais consultés
:)
Olivier lui précise que le comportement des autres équipes est dût essentiellement à la méconnaissance de ces problématiques. Donc avant même de parler de test techniques, il y a un énorme travail de sensibilitsation à faire auprès des collaborateurs et des descisionnaires pour que tout le monde aborde l'accessibilité de façon pragmatique.
Car pour Orange et Cetelem mais aussi pour Le Monde, ont a bien compris que derrière cette démarche “charitable” les enjeux sont surtout économiques ;)
Laurent pour sa part, nous à bien fait sentir l'inertie propres aux administrations.
J'ai retenu une anecdote de Stéphane :
Au moment où Wanadoo est devenue Orange, la charte à été redéfini pour devenir celle que l'on connait aujourd'hui... enfin presque.
L'équipe de Stéphane avait émis une réserve sur le orange sur fond blanc du logo à cause de son niveau de contraste et des difficultés de lecture qui en découlait.
Evidemment la recommandation ne fut pas entendu.
Rapidement après la mise en ligne du nouveau portail, un client déficient visuel qui ne pouvait pas atteindre un lien situé sur le logo contacte le service clientèle de Orange via téléphone.
La réponse de l'opérateur fut en substance : débrouillez vous, on s'en fou des aveugles !
Malheureusement pour Orange, ce client n'était autre que le président d'une bonne grosse association pour les non-voyants / mal voyant (je ne sais pas laquelle). Il s'est bien sûr empressé de contacter le service de Orange en charge de la satisfaction des clients, celui qui est là pour dire que Orange est gentil et attentionné envers ses clients... et visiblement c'est remonté suffisamment haut pour que chez Orange ce soit la grosse panique et que les equipes de design trouvent une solution dans les 24h...
L'histoire ne dit pas ce qu'est devenu l'opérateur :)
Pour finir, Stéphane nous fournit également les critères qu'il privilégie pour choisir une agence :
-
Intégration de la charte (la charte d'Orange est apparemment un peu sioux ;) )
-
Accessibilité. Orange a décidé de former à l'accessibilité les agences web qu'elle emploi pour s'assurer de la qualité finale de leur contenu...
Enfin, tous insistent sur le fait
que l'accessibilité ne s'improsive pas. Elle fait parti d'un
ensemble de pratiques qui augmentent la qualité globale du
site et nécessite un investissement initial important.
Cette recherche de qualité, demande du temps et surtout
l'implication de l'ensemble des métiers qui participe à
la définition, la conception et la mise en oeuvre d'un site
web.
A noter que Temesis propose une formation à l'accessibilité. Dans l'atelier accessibilité, une personne témoignait de l'intérêt de cette formation (3 jours).
3 commentaires
L'anecdote n'est pas exactement celle-là. L'esprit est celui-là, en revanche :)
Non, en vérité : c'est un mec particulier du support client qui a sans doute eu un mot de trop, et le client s'est offusqué. Je pense qu'on ne saura jamais le fin mot de l'histoire.
Au final, sa plainte est remontée et redescendue dans la journée même, et nous avons été contactés immédiatement. C'est ça surtout qu'il est important de noter : quand les problèmes d'accessibilité sont remontés directement par les clients, alors les décideurs comprennent que c'est vraiment sérieux.
Par ailleurs, pour ma part je ne "choisis" pas d'agences. Je crois me rappeler que c'était en réponse à quelqu'un qui demandait quels critères sont importants pour choisir une agence, et je me suis appuyé sur notre expérience de centre de compétences accessibilité pour répondre. En réalité nous sommes souvent consultés en aval, et c'est là que nous accompagnons le projet (et, souvent, l'agence).
Ah, j'oubliais : le client se plaignait initialement de sa difficulté à trouver le lien "ma messagerie". On comprend bien que l'accessibilité d'un logo, tout le monde s'en moque (surtout vu comme le nôtre est reconnaissable, aucun effort particulier n'est à prévoir).
Merci de m'avoir rectifié (skwik !) ;)
En fait, je pense que j'ai sans doute édulcoré l'anecdote plus ou moins volontairement, car si je me souviens bien, ce qui m'avait marqué lors dans ton intervention, c'est la puissance du "storytelling" pour faire passer une idée forte, surtout auprès des décideurs.
Donc mes plus grandes excuses si j'ai un peu diffractionner ton récit ;)